La collection Narration

Le personnage existe par son dialogue

Bien que le syndrome de Saint-Thomas s’applique souvent au dialogue, le personnage existe aussi par ce qu’il dit — ou ne dit pas — donc existe par son dialogue. Le dialogue est une action caractérisante du personnage, pour peu qu’on sache l’utiliser comme telle. L’important, cependant, est de ne jamais la prendre au premier degré. Surtout lorsque le personnage parle de lui, l’information est à prendre au second ou au troisième degré.

Les reproches qu’adresse Thelma à Louise au début de Thelma & Louise (Ridley Scott, 1991), lorsque les deux jeunes femmes sont dans la voiture en train de partir en week-end, expriment bien le fait que Thelma a la main mise sur sa jeune amie, exprime bien le fait qu’elle prétend être une amie — c’est ce qu’elle dit — mais se comporte en réalité exactement comme le mari macho de Selma — c’est ce qu’elle fait. C’est par le dialogue, et uniquement par le dialogue — et un soupçon de métalangage — que ce manque de considération du personnage s’exprime, qu’il exprime donc ce qu’il ressent envers sa co-protagoniste.

Rare sont les récits où le personnage n’exprimerait pas ce qu’il est, à un moment ou à un autre, par le dialogue, par ce qu’il dit. Il ne s’agit pas d’une action velléitaire mais d’un résultat — ça n’est pas le personnage qui veut absolument exprimer et dire qui il est, c’est le personnage qui exprime malgré lui ce qu’il est.

Le personnage, par le dialogue, doit révéler malgré lui ce qu’il est.

Moralité : si l’on doit considérer que le dialogue, par essence et par nature, ment ou exprime par périphrase, ça n’est pas pour autant qu’il n’est pas un moyen puissant d’exprimer ce qu’est le personnage. Il faut simplement fuir le premier degré. Si la première couche de dialogue peut être trompeuse, le sous-texte, lui, ne peut mentir, puisque c’est nous spectateur/lecteur qui le construisons nous-même.