La collection Narration

1ère fondamentale : le personnage fondamental

La première fondamentale concerne évidemment l’élément le plus fondamental de l’histoire : le personnage le plus important, qu’on appelle héros, protagoniste, sujet ou personnage fondamental selon les théories et les approches.

Dans cette première fondamentale, on va travailler la description du personnage par rapport à l’histoire, en une page environ. Cette description devra s’efforcer d’être la plus concise possible, de se limiter aux éléments essentiels et rien d’autre. La règle ici est la suivante :

Toute information sur le personnage qui ne joue pas dans l’histoire doit être proscrite.

Qu’importe de connaitre la taille du personnage si cette taille ne joue aucun rôle dans la narration. Qu’importe de savoir s’il est séduisant ou non si ça ne sert à rien dans le récit. En revanche, connaitre son âge est toujours utile. Cela donne de nombreuses indications sur le personnage et aura fatalement une incidence sur le récit, quelle qu’elle soit.

Les sections de la première fondamentale

Pour être utile, cette fondamentale peut comprendre ces parties qui seront travaillées et enrichies tout au long du développement :

On peut bien entendu ajouter toute section qui se révèlera utile par rapport aux particularités du projet.

La description générale

D’une longueur de quatre ou cinq lignes, cette description dépeint le ou la protagoniste à grands traits et définit son rôle dans le récit.

Exemple pour Dancer in the Dark (Lars Von Trier, 2000) :


Selma est une jeune femme de 32 ans, émigrée de Tchécoslovaquie vers les États-Unis, seul pays où pourra être soigné son fils GENE touché par la même maladie des yeux qu’elle, maladie qui conduit à la cécité totale. Selma, simple ouvrière, travaille dur depuis des années pour parvenir à rassembler l’argent suffisant à payer l’opération médicale onéreuse.

Attributs

Les attributs, ou caractéristiques, du personnage comprennent trois choses principales :

Par exemple, on pourra avoir pour le personnage de Selma Jezkova :


– Selma est incroyablement déterminée, rien ne la fait s’écarter de son objectif, pas même l’amour possible avec Jeff, un gars du coin qui en pince pour elle. La seule distraction qu’elle s’accorde, c’est la comédie musicale (qu’elle pratique et qu’elle va voir au cinéma).
 

– Selma est une mère célibataire qui fait preuve de la plus grande abnégation.
 

– Selma est pauvre, c’est une simple ouvrière. Elle doit vivre dans une caravane louée par Bill Houston, le policier du coin.
 

– Selma est travailleuse. Aucune tâche ne l’effraie.
 

– Selma est passionnée de comédie musicale. Pour elle, l’Amérique incarne le rêve (opération + comédie musicale). Cette passion révèle son caractère rêveur. Ce caractère la rend attachante, touchante, mais c’est lui qui la fera chuter aussi. Le rêve représente donc tout autant un exutoire qu’un danger (cf. accident d’emboutisseuse).
 

– Selma devient aveugle au cours du film. Cela lui pose des problèmes dès le début de l’histoire, lorsqu’elle doit tricher pour réussir son examen médical. Cela entrainera son licenciement lorsqu’elle aura un accident de machine.
 

– Selma est singulière, elle ne ressemble à personne.
 

– Selma a le sens de la parole donnée, elle est droite, courageuse. Cette caractéristique ambivalente causera sa perte : c’est cette caractéristique qui, au cours du procès, l’empêchera d’avouer la vérité — que Bill était ruiné et qu’il lui avait dérobé ses économies. Elle tiendra la promesse faite à Bill de ne rien dire alors même qu’il est mort (motus et bouche cousue).

Relation avec les autres personnages

Cette partie décrit la relation qu’entretient le protagoniste avec les autres personnages. Comme cela est expliqué en détail dans l’ouvrage consacré aux personnages, chaque personnage secondaire, ou chaque coprotagoniste, doit entretenir une relation claire et simple avec le protagoniste. Chaque personnage doit être clairement placé sur l’échiquier du récit. C’est cette partie qui permet de s’en assurer et de mesurer également l’unicité de chaque relation.

Par exemple, dans Dancer in the Dark :


– GENE est le fils de Selma. C’est pour lui qu’elle se bat.
 

– BILL HOUSTON est l’ami et le logeur de Selma (il lui loue son mobil home). Il deviendra son antagoniste et causera leur chute (Selma le tuera et sera condamnée à mort pour ce crime).
 

– KATHIE est la plus grande amie de Selma. C’est aussi sa collègue et elle partage avec elle la passion des comédies musicales. Elle deviendra passagèrement son antagoniste lorsqu’elle prendra l’argent qui doit payer l’opération des yeux de Gene pour offrir à Selma les services d’un bon avocat. Elle finira par comprendre la position de Selma.
 

– JEFF est l’“amoureux transi” de Selma. Touchant et simple, il n’en est pas moins pugnace (il l’attend tous les jours à la sortie du travail) mais n’obtiendra jamais le moindre baiser de Selma. Il l’aidera dans son objectif lorsqu’elle deviendra aveugle.
 

– NORMAN est le patron (contremaitre) de Selma. C’est lui qui la protège (d’elle-même) mais c’est lui qui sera également contraint de la licencier.

Noter, dans l’exemple donné ci-dessous, comment chaque personnage n’est défini que par le rapport qu’il entretient avec la protagoniste et rien d’autre. Toute phrase qui ne concernerait pas la protagoniste n’aurait rien à faire dans cette partie. Dans une bonne histoire, tout personnage devrait avoir un rôle précis et indispensable par rapport à l’objectif du protagoniste. Cette partie permet de travailler ce rôle, de s’assurer qu’il existe et qu’il est indispensable.

Originalité et universalité du personnage

La dernière partie de cette première fondamentale, partie qui sera commune à toutes les fondamentales, devra traiter en quelques lignes de l’originalité et de l’universalité du personnage.

Par exemple, dans Dancer in the Dark :


Facteur O (originalité) : personnage extrêmement rêveur, sensible, décalé. Il a son propre système de valeur. Elle a un sens aigu du sacrifice (en qualité de parent, ce pourrait être aussi vu comme un trait universelle, mais ici la caractéristique est poussée à une telle extrémité qu’elle en devient originalité : Selma sacrifie même l’amour alors qu’il pourrait être une aide autant qu’un soulagement. Non, elle ne veut se laisser distraire par rien).
 

Facteur U (universalité) : c’est une mère qui lutte au quotidien pour le bonheur de son enfant. Elle a des problèmes d’argent, en tout cas elle ne roule pas sur l’or.

Note : concernant les facteurs U et O, vous pouvez consulter la page Facteur O et Facteur U.

Rédaction de la fondamentale

Comme pour la plupart de ces documents personnels, et comme on peut le voir dans les exemples donnés ci-dessus, la ligne de conduite pour la rédaction de cette fondamentale doit demeurer : ne pas faire de littérature, rester le plus simple possible dans la rédaction des idées, ne pas se laisser abuser par des tournures trop séduisantes. Se souvenir que ça n’est pas le style de la description qui la rendra plus efficace dans le récit. Au contraire.

On pourra trouver également dans l’ouvrage consacré aux personnages d’autres exemples de première fondamentale.

Les autres personnages

Si la première fondamentale définissant l’histoire s’applique exclusivement au protagoniste, il est en revanche tout à fait possible de s’en servir pour définir tous les autres personnages. Les exigences devront simplement être moindres pour ces personnages secondaires, puisque leur “temps de parole” dans le récit sera moindre.

Note : de façon plus générale, on peut tout à fait utiliser ces cinq fondamentales pour définir la présence de chaque personnage important dans le récit.