La collection Narration

La panne d'inspiration

Afin d’éviter ce que l’on appelle communément la “Panne d’inspiration”, problème redouté par le créateur et qui recouvre beaucoup de situations et de cas différents, voilà quelques bons trucs qui vous permettront, je l’espère, de vous prémunir définitivement de cette maladie bénigne.

Généralités sur la panne

Pour commencer, disons-le tout de go : la panne d’inspiration ne devrait jamais arriver. Pourquoi ?… Parce que d’une part on peut la prévenir assez simplement et que d’autre part, lorsqu’elle survient, il existe tellement de recours pour l’éluder qu’il n’y a vraiment pas de quoi s’alarmer.

Petite autopsie

Avant d’entrer au cœur du propos, un petit examen du sujet. On peut distinguer, de façon très générale deux sortes de panne bien distinctes. Je les appellerai :

Un peu de prévention

Si le scénario est une autoroute, longue et pleine d’embûches et de virages, la première chose à faire pour vous prémunir de ces pannes est de ne pas vous lancer sur la voie rapide à bord d’un véhicule défectueux. Dans le cas contraire, au bout de quelques dizaines de kilomètres, il y a fort à penser que vous devrez vous garer sur la bande d’arrêt d’urgence et faire appel à la dépanneuse.

Comment prévenir la panne avant qu’elle ne survienne ? Voilà quelques pistes utiles :

Diverses techniques pour éviter la panne

Voyons à présent différentes techniques qui peuvent vous secourir. Un conseil de garagiste : n’attendez pas d’avoir des problèmes pour mettre ces techniques en application dans votre travail !

Le Brainstorming

Le brainstorming— méthode de soin radicale — est abordé dans plusieurs articles. Si vous ne voulez pas approfondir cette technique immédiatement, sachez seulement qu’elle consiste à écrire tout cequi vous passe par la tête, et ce sans jamais le moindre jugement de valeur, sans jamais la moindre estimation qualitative. Vous prenez votre problème (p.e. l’action, le geste à donner à votre personnage dans telle situation), et vous vous lâchez, vous écrivez tout ce qui pourrait être ou se produire (p.e. toutes les actions que le personnage serait en mesure d’accomplir à l’instant où vous le prenez, et même plus).

Quand vous pensez être parvenu à une matière convenable, vous la reprenez et vous vous en inspirez pour poursuivre et trouver une solution convenable et adaptée à votre problème ou votre situation.

TODO: Lien vers le brainstorming dans les documents.

La Documentation

Comme le brainstorming, cette technique est approfondie dans divers articles du livre. Dans un premier temps, sachez simplement que plus vous vous documenterez sur les éléments de votre histoire (vos thèmes abstraits et concrets, le métier de vos personnages, le contexte historique ou local dans lequel se déroule l’action, etc.) et plus vous soulèverez d’éléments qui solliciteront votre imagination et votre envie, vous apportant même des réponses à des questions que vous ne vous posiez pas !

TODO: Lien vers la documentation.

… et pages suivantes.

La Technique du “Et si…”

Bien connue des comédiens, cette technique sollicite de façon efficace votre imaginaire. Elle est proche du brainstorming, mais guide votre imagination, peut l’orienter sur des pistes inconnues. Cette technique consiste à poser des hypothèses et voir comment votre imaginaire y répond. Quand l’hypothèse ne provoque aucune réaction, on en propose une autre.

Par exemple, votre personnage doit prendre la route pour se rendre d’un point A à un point B. Cette scène est impérative, mécaniquement, mais vous n’avez aucune idée pour la rendre intéressante.

Poser des hypothèses (en imaginant chaque fois ce qu’elle provoque en vous) : Et si… il faisait nuit au lieu de jour ? Et si… mon personnage n’était pas seul ? Et si… il y avait un cadavre dans son coffre et qu’il ne le sache pas ? ou une bombe ? Et si… il se faisait arrêter ? Et si… il prenait un auto-stoppeur ? Et si… cet auto-stoppeur était un joueur d’échecs ? Et si… cet auto-stoppeur était une femme ? Et si… elle était énorme et pétillante ? Et si… au lieu d’être en voiture, il faisait le parcours en vélo ? Et si… il prenait quand même l’auto-stoppeuse, sur son vélo, et qu’elle soit énorme et tout aussi pétillante ? Et si… il pleuvait à torrent ? Et si… il avait un accident ? Etc. etc.

En poursuivant cette introspection dans les “champs du possible”, il y a fort à penser que vous tomberez enfin sur la solution ou l’idée que vous cherchiez.

Autre avantage de cette technique : c’est un exercice de musculation très profitable pour votre imagination. :-) Plus vous la pratiquerez, et plus les questions seront rapides et nombreuses.

Dans un premier temps, pensez simplement à inverser les choses. Si le personnage dit “oui”, imaginez ce que deviendraient les choses s’il disait “Non”. Si le personnage est un homme, que se passerait-il s’il était une femme, ou inversement ? Si la scène se passe en intérieur, dans un lieu intime, que deviendrait-elle dans un lieu extérieur et public, ou inversement ? Si la scène est bavarde, que deviendrait-elle si elle était muette, ou inversement ?

La technique de l’immersion

Par simple manque d’entraînement à la fiction, l’apprenti-auteur travaille souvent en restant assez extérieur à ses situations, à ses personnages, à ses idées. Il a tendance, dès qu’il s’agit de “travail”, à ne plus aborder les choses qu’intellectuellement.

Il doit pourtant, le plus tôt possible, apprendre à “ressentir ce qu’il écrit” et même mieux : “vivre ce qu’il écrit”. C’est ce que j’appelle l’immersion. Cette immersion consiste à se mettre au diapason de son histoire, à vibrer avec elle et tous ses éléments, idées, personnages, situations, etc.

Pour s’y entraîner, le plus simple est d’essayer d’abord de se glisser dans la peau d’un de ses personnages (l’exercice ultime étant d’être capable de se glisser dans tout élément de l’histoire, même une tasse à thé, même une poignée porte ou une serviette de bain comme l’a fait Scorcese dans Aviator (Martin Scorsese, 2004)).

Prenez une situation dans laquelle votre personnage se retrouve, quittez votre ordinateur ou votre feuille de papier, levez-vous et jouez-la exactement comme le ferait un acteur. Jouez-la vraiment, en essayant de devenir votre personnage, en vous investissant totalement. Encore une fois, essayez de vous lâcher, ne vous jugez pas, contentez-vous de bien fermer portes et fenêtres, laissez venir les choses.

Une deuxième approche possible de cette technique d’immersion, applicable à une scène cette fois, consiste simplement à fermer les yeux (tentez, dans ce cas, de ne pas vous endormir comme Hercule Poirot :-). Mettez-vous dans un bon fauteuil, avec tous les éléments que vous possédez sur une scène que vous travaillez. Fermez les yeux, et imaginez la situation. Forcez-vous— sans vous forcer — à la voir avec la plus grande acuité possible, la plus grande précision, à mettre de la couleur, un visage, un son, une odeur sur tout ce que vous imaginez.

Ayez souvent recours à cette technique, jusqu’à ce qu’elle devienne une seconde nature.

L’Exploitation

Melting-pot du brainstorming et de l’immersion, la technique de l’exploitation consiste à solliciter son imaginaire à l’aide des éléments déjà présents dans votre histoire, mais présents peut-être seulement de façon implicite ou suggérée.

Un exemple simple (la réalité pose souvent des problèmes plus complexe, mais l’exemple doit rester court) : votre scène est celle d’une mère de famille attendant sa fille qui vient de découcher. Vous voulez que la mère devienne menaçante, mais vous ne tenez pas, eu égard à la personnalité du personnage ou les enjeux, à ce que la menace soit explicite, ou exprimée, dans ses dialogues. Comment trouver l’idée qui fera passer vos intentions ?

Vous savez que la scène se déroule dans la cuisine, puisque vous avez au préalable décidé que la mère doit y prendre son petit déjeuner au moment où la fille rentre. Je vais faire vite, mais gardez à l’esprit que la solution ne s’impose presque jamais aussi vite à l’esprit : dans une cuisine, on trouve des couteaux assez effrayants, qui vont pouvoir servir votre dessein (c’est là que se situe l’exploitation : Cuisine => hachoirs, couteaux).

Je vais donc mettre un de ses couteaux, ou un hachoir, ou les deux, entre les mains de la mère lorsqu’elle sera en train de s’adresser à sa fille. La mère ne sera donc plus en train de déjeuner, mais déjà en train de préparer le repas. Une dinde par exemple. Une grosse dinde. On la verra donc, sans jamais devenir agressive ou explicite dans ses dialogues, donner de gros coups de hachoirs rageurs sur la pauvre bête ou pointer— sans avoir besoin d’être explicitement menaçante — son grand couteau pointu régulièrement vers sa fille.

Voilà comment on peut trouver l’idée, simplement en exploitant ce qui se trouve déjà dans l’histoire. L’exploitation peut se faire au niveau des accessoires bien sûr, mais au niveau de tout autre élément de l’histoire. Un bon réflexe par exemple : lorsque vous devez créer un personnage (il faut que H ait un père et qu’on le rencontre) demandez-vous, avant de le créer de but en blanc, si un des personnages déjà présent dans votre histoire ne pourrait pas remplir cette fonction à merveille.

La technique des autres

L’analyse de films peut elle aussi apporter des solutions et palier certains blocages. Voir quelles techniques, quelles astuces, des auteurs plus expérimentés ont mis en œuvre pour se tirer d’un mauvais pas ou éviter un écueil peut être salvateur et instructif. Voir comment d’autres ont déjà traité un certain sujet peut donner des idées. Il n’est pas question ici de plagier ou de reprendre mot à mot la solution d’un problème, mais de s’en inspirer, en tirer l’essence, pour régler le sien.

À chaque panne son remède

Voyons à présent où et comment utiliser ces diverses techniques, et que leur apporter de plus, suivant le diagnostique de la panne et l’état de votre véhicule. Commençons par les deux pannes mentionnées plus haut, la “panne sèche” et le “moteur noyé”.

La Panne sèche

On peut s’en sortir relativement facilement en utilisant :

La Panne de contrainte

Vous essayez de faire démarrer l’histoire, vous sollicitez et sollicitez encore le démarreur, mais vous avez tellement de choses en tête, tellement d’idées, tellement de thèmes à traiter, tellement de points de dramaturgie à ne pas perdre de vue, tellement de personnages et tellement le souci de bien faire que vous finissez tout bonnement par noyer votre moteur à inspiration.

Comment éviter que cela ne se produise ?

Abordons maintenant les lieux où peuvent se produire les pannes, et les remèdes spécifiques possibles.

Panne dans l’élaboration générale de l’histoire

Ayez recours à :

Panne pendant l’établissement du séquencier

Panne sur les personnages

Ayez recours à :

Panne pendant l’écriture du scénario

Un remède efficace : l’écriture à deux

TODO: Lien vers la co-écriture.