La collection Narration

Les deux composantes principales du personnage

Les deux principales composantes dramaturgiques de tout personnage dans un récit, qu’il soit principal ou secondaire, sont :

Sa fonction narrative
La fonction narrative du personnage est la raison pour laquelle ce personnage appartient au récit, le rôle qu’il va y jouer et particulièrement l’influence positive ou négative — ou les deux — qu’il aura sur la résolution positive ou négative de la question dramatique fondamentale.
Un personnage de fiction devrait toujours avoir une fonction narrative précise.
Son idiosyncrasie
L’idiosyncrasie d’un personnage — comme pour une personne — est l’ensemble de ses caractéristiques propres et de ses comportements propres.
Un personnage de fiction devrait toujours avoir son idiosyncrasie unique.

Ces deux composantes sont interdépendantes, la définition de l’une influant toujours sur la définition de l’autre dans un récit bien conçu. Une personnalité — donc une idiosyncrasie — sera toujours conçue relativement à la fonction que le personnage devra jouer dans le récit (s’il est antagoniste et doit s’opposer au protagoniste, il aura tous les attributs lui permettant de le faire efficacement) et inversement, dans le travail de développement, l’idiosyncrasie du personnage influera souvent sur la fonction (c’est-à-dire le rôle) que le personnage jouera dans le récit — si l’auteur a choisi de mettre en scène un personnage aveugle, la cécité jouera un rôle précis dans l’intrigue, ne restera pas un “attribut mort” du personnage.

Fonction du personnage

Un personnage n’est jamais là par hasard.

Un personnage, dans un récit, n’est jamais ou ne devrait jamais être là par hasard. Est-il le héros dont on va suivre les aventures ? Est-il le méchant qui va tout faire pour détruire le monde ou s’opposer au dessein du protagoniste ? Est-il le conseiller qui va aider le héros ?  Est-il la bonne amie qui permettra au personnage de confier verbalement ses doutes et ses craintes ? Est-il un parent ? un patron ? un créancier ?

CHECKUP[Tous vos personnages ont-ils une fonction bien déterminée dans votre récit ? fonction]

Lorsque vous créez un personnage, il est indispensable que ce soit par nécessité narrative ou, si ça n’est pas le cas, que vous lui trouviez une réelle fonction dans l’intrigue. Si vous ne pouvez pas répondre aux questions suivantes, il y a de fortes chances que vous puissiez vous passer avec profit d’un personnage qui deviendrait vite encombrant :

CHECKUP[Reprenez chacun de vos personnages et demandez-vous : sont-ils vraiment indispensables à l’histoire ? Si oui, en quoi ? En quoi l’intrigue serait-elle différente sans eux ? fonction]

Personnalité du personnage

Mais si le personnage doit avoir une fonction, il ne doit pas en devenir pour autant un fonctionnaire du récit (expression amusante employé par Jean Samouillan dans Des Dialogues de cinéma (Jean Samouillan, 2004)).

La personnalité du personnage permet de ne pas animer devant les yeux du spectateur ou du lecteur de simples marionnettes sans véritable existence, sans véritable caractère, de simples pompistes ne visant qu’à remplir le réservoir de l’histoire. Il est indispensable, quand vous inventez un personnage parce que vous en avez réellement besoin dans l’intrigue, que ce soit une vraie personne, dimensionnée, vivante, possédant une réelle personnalité — quand bien même ce serait une personnalité sans personnalité (sic).

Nous verrons par la suite les outils et les recherches qui peuvent donner de l’épaisseur et de l’existence à de tels personnages.

Unicité du personnage

Ces deux composantes, fonction et personnalité, doivent s’envisager à l’aune de la singularité, de l’unicité. Sans entrer pour le moment dans le détail, gardez en tête que dans la même histoire, deux personnages importants ne devraient jamais avoir la même fonction — je parle de fonction dans le récit, pas de fonction au sens de métier ou d’activité —, ni la même personnalité. Chaque personnage doit avoir sa propre idiosyncrasie, c’est-à-dire sa propre façon de penser, sa propre façon d’agir, sa propre façon de se comporter, fût-il un larbin tentant d’imiter en tous points son maitre.

CHECKUP[Chacun de vos personnages principaux et secondaires possède-t-il bien son idiosyncrasie ? Pour chacun d’eux, pourriez-vous écrire facilement en quoi il se distingue de tous les autres ? personnalite]

Revoyez vos films préférés, relisez vos pièces favorites ou vos romans de prédilection sous cet angle pour vous en convaincre. Il n’y a qu’un et un seul avare dans la pièce éponyme de Molière. Il n’y a qu’un et un seul homme borné transposant dans son verdict les conflits qu’il a avec son fils dans 12 Angry Men (Douze hommes en colère, Sydney Lumet, 1957), il n’y a qu’une femme schizophrène et rêvant d’être actrice dans Mulholland Dr. (Mulholland Drive, David Lynch, 2001), il n’y a qu’un seul réalisateur un peu lâche dans Crash (Collision, Paul Haggis, 2004), etc.

Comme nous le verrons, très souvent, cette personnalité et cette fonction reposent sur une ou deux qualités bien choisies, positives ou négatives, que l’auteur doit définir avec soin et qui permettront de dessiner la silhouette psychologique générale de chaque personnage de façon claire et distinctive.