La collection Narration

Le Principe de causalité

Le principe de causalité guide en permanence la progression du récit.

Notez bien que ce principe ne s’oppose en rien à ce que nous avions souligné dans la partie qui traite de la force qui conduit la structure (cf. page Quelle force construit la structure ?). En effet, on peut tout à fait parler de causalité sans parler véritablement de logique. En matière humaine — et une histoire est une matière humaine —, les mêmes causes créent souvent des effets différents, dont certains s’éloignent beaucoup de la froide logique.

Très souvent aussi la logique de l’enchainement des évènements peut ne s’imposer que bien après leur déroulement. Dans Thelma & Louise (Ridley Scott, 1991) par exemple, on ne comprend que très tard les véritables raisons qui ont poussé Louise à abattre le violeur de Thelma et s’enfuir au Mexique pour ne pas affronter la justice.

Le principe de causalité est quoi qu’il en soit indispensable pour construire une structure solide. Il s’exprime schématiquement par :

Une scène doit toujours être la
cause d’une scène précédente.

C’est valable pour toutes les scènes, à l’exception bien entendu de la toute première.

Notez bien que lorsqu’on parle d’une scène précédente, ici, il ne s’agit pas nécessairement de la scène juste avant. Il arrive très souvent que deux scènes en lien logique soient séparées de plusieurs autres scènes.

Un point important est à noter : cette nécessité s’impose même lorsque les choses seraient naturelles dans la vie. Même dans le cas, où “ça semblerait évident”, la causalité s’impose.

Dans American Beauty (Sam Mendes, 1999), Lester Burnham, protagoniste quadragénaire, tombe amoureux de la copine de sa fille à peine majeure. Ce syndrome est bien connu et l’on sait que très souvent, pour retrouver une jeunesse perdue, l’homme se remet à faire du sport. On pourrait donc voir Lester se remettre à l’exercice tout naturellement et c’est effectivement ce qui se passe.

Sauf que dans ce récit magistralement construit, ce changement est provoqué par une scène même du film, lorsque Lester écoute à la porte de sa fille et entend la copine dire que s’il était un peu plus musclé, il serait canon. La copine insiste même — alors que ce serait largement suffisant — en rajoutant que si Lester faisait de l’exercice, elle le violerait, voire pire — bien entendu, elle dit surtout cela pour titiller son amie, la fille de Lester. Quoi qu’il en soit, ça ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd et dès les scènes suivantes Lester retrouvera de vieilles altères fourrées au fond d’une étagère de son garage…

Double tranchant

Attention au côté double-tranchant de cette causalité : la scène doit s’imposer, paraitre s’inscrire de façon causale dans le parcours du récit, mais en même temps il faut lui préserver parfois une dose de surprise. La meilleure causalité, c’est celle qu’on n’attend pas forcément, qui ne parait logique au public qu’à la fin du déroulement des évènements. Le “coup de théâtre” fonctionne exactement de cette façon : tous les éléments sont installés, le public les a souvent sous les yeux et pourtant ne les voit pas, jusqu’à ce que le coup de théâtre ne se produise. The Sixth Sense (Le Sixième sens, M. Night Shyamalan, 1999) présente un cas d’école lorsque nous est révélé le fin mot de l’histoire…