La collection Narration

Synchronicité des informations

TODO: Développer en introduction l'idée qu'il existe plusieurs récits quand on parle du récit, pas plusieurs histoires, mais plusieurs façon ce qu'on appelle "le récit". Une quand on ne sait rien, un quand on en a entendu parler (trailer, rumeur) , un lorsqu'on l'a déjà vu, un lorsque l'on travaille pendant des jours et qu'on le connait par chœur.

Il est impératif de développer sa capacité à rester en phase avec la perception qu’aura le public de l’histoire.

Une des difficultés majeures de l’écriture consiste à réussir à rester le plus longtemps possible proche de la vision d’un spectateur ou d’un lecteur qui découvrait l’histoire la première fois.

L’auteur y parvient seulement pendant un certain temps, au début du développement. Mais il a bientôt une vision d’ensemble du récit et des personnages trop claire, une sorte d’omniscience instantanée contenant toutes les informations, comme si le récit s’étalait sur la toile d’un peintre. Sans parler de la connaissance de la backstory des personnages — quand elle n’est pas montrée dans le récit — ou des évènements futurs qui donnent fatalement une autre couleur aux évènements présents — si l’auteur sait qu’un de ses personnages va accomplir un acte d’une grande générosité et d’une grande bravoure au 3/4 du récit, il ne peut qu’en avoir de l’admiration pour lui dès son entrée en scène. Le public qui découvre le récit, lui, n’en sait rien pendant les trois premiers quarts du film ou du livre.

Ce décalage est un des plus grands ennemis qui guette l’auteur, parce qu’il peut se faire une vision totalement déformée, prismée, de son histoire. Cela peut devenir fatal à l’histoire.

Les auteurs aguerris parviennent à développer une “qualité de présence”, lors de leur lecteur et leur travail, qui leur permet de revivre chaque moment pour ce qu’il est. Ils ont la capacité d’oublier tout ce qu’ils savent de l’histoire.

Cette qualité peut se développer en pratiquant, dans son apprentissage, une autopsie profonde du réseau d’informations de son histoire. Cette autopsie consiste dans un premier temps à lire l’histoire et à noter, au fur et à mesure de la lecture, les informations qui sont divulguées au public. Informations de toutes sortes, aussi bien factuelles — délivrées par un dialogue par exemple — que les informations psychologiques sur tel ou tel personnage — délivrées par inférence par une action, par une réaction, une attitude…

On peut le faire par exemple dans une seconde colonne en regard du texte.

Avant de sortir de la voiture, JOHN  |
attrape dans le vide-poche un cadeau |• John a acheté un
Après une hésitation, il le glisse   |  cadeau.
dans une de ses poches et va sonner  |• Il le dissimule
à la porte.                          |  dans sa poche

SCARLET ouvre et sourit béatement en |NOTE : Scarlet ne
découvrant John devant sa porte.     |sait pas que John
Elle se jette dans ses bras et       |a un cadeau.
l'embrasse.
Exemple de suivi des informations

Et dans un deuxième temps, tout en consultant la liste établie jusque-là, d’estimer à la lecture l’impression ou la compréhension qu’on peut se faire d’une scène en fonction des seules informations collectées jusque-là.

À force de s’y entrainer, vous finirez par développer la capacité à garder une lecture synchrone avec le public au niveau des informations. Vous resterez le plus longtemps possible en phase avec le public, en phase avec votre récit réel.

Jamais où elle doit servir

Une information ne doit jamais être placée à l’endroit où elle doit servir.

Une des erreurs fréquentes — qu’on retrouve même dans des films produits — est de voir une information énoncée au moment où elle doit servir. On peut l’admettre une fois — même si les meilleures histoires ne présentent jamais cet écueil — mais une fois de plus, c’est une fois de trop, on se retrouve dans la situation de la personne qui raconte une histoire et qui soudain s’interrompt pour dire “ah, j’ai oublié de dire…” et d’ajouter une information capitale pour comprendre la blague mais qu’il a oublié de mentionner au bon moment.

Une information ne doit jamais être
placée à l’endroit où elle doit servir.

C’est par exemple le cas dans l’excellent Jurassic Park (Steven Spielberg, 1993) lorsque juste avant de monter dans l’arbre où il doit sauver un enfant, on apprend que Alan Grant (Sam Neil) est sujet au vertige. Ça semble être un élément surajouté, inutile au personnage et surtout tombé de nulle part comme pour donner un peu plus de conflit à la scène. Mais c’est bien la seule chose qu’on pourrait reprocher à ce film écrit par deux maitres incontestés, Michael Crichton et David Koepp.

Aussi, lorsque la structure commence à prendre forme, vérifiez bien qu’aucune information ne soit placée à l’endroit où elle doit servir.

CHECKUP[Vous êtes-vous assuré qu’aucune information n’était donnée à l’endroit où elle devait servir ? information]

Si c’est le cas, cherchez dans les scènes existantes l’endroit où cette information pourrait être placée et entendue. J’insiste sur le “entendue” car il ne suffit pas de placer une information pour avoir fait son travail d’auteur. Encore faut-il que cette information soit enregistrée par le public.

TODO: Mettre une référence vers le chapitre des concepts narratifs où je parle (peut-être) des drapeaux sur l'information.