La collection Narration

Construction des quatre quart-temps

Au cours de cette définition générale de l’histoire, il est excellent de commencer à réfléchir à ce que pourrait être les quatre quart-temps de votre histoire, c’est-à-dire :

Le but que vous devez vous efforcer d’atteindre, rappelez-vous, doit être la plus grande simplicité, la plus grande évidence et la plus grande précision possible.

L’Exposition

À titre de rappel, l’exposition s’étend sur le premier quart-temps de l’histoire. Pour un film de deux heures (format américain), il correspond donc à la première demi-heure du film, pour une film d’une heure trente (format européen), il correspond au vingt premières minutes.

Comme nous l’avons vu, la fonction de cet acte est de définir l’histoire, sa problématique et de la lancer. Pour définir l’histoire, cet acte doit présenter un personnage, le protagoniste, et le confronter à une problématique qui va poser une question à forte incertitude quant à sa résolution, incertitude qui s’incarne dans la question dramatique fondamentale qui s’exprime sous la forme schématique : “Le protagoniste va-t-il résoudre son problème ?”.

Définir l’exposition de façon générale, c’est donc définir le plus précisément et simplement possible, ces éléments :

Se souvenir que pour créer une histoire bien construite, il faut se garder de démarrer l’action principale du film dans cette exposition. C’est seulement dans le développement que l’action propre à la problématique principale devra être développée. Ce qui n’empêche nullement de trouver de l’action dans cette exposition. À l’instar de Up (Là-haut, Pete Docter, 2009), il arrive fréquemment qu’une exposition ou un préambule soit construit comme une séquence autonome, racontant sa propre histoire.

Dans Up, l’exposition est intégralement et brillamment occupée à raconter la vie entière du personnage principal et de son couple, de son enfance et leur rencontre jusqu’à l’âge avancé qu’on lui connait dans le film.

Les James Bond commencent la plupart du temps sur la dernière mission de l’Agent 007.

Minority Report (Steven Spielberg, 2002) s’ouvre sur une opération d’arrestation “pré-délit” qui permet mieux que des mots de nous présenter le personnage de John Anderton et l’entreprise Precrime pour laquelle il travaille.

Cette formule a de nombreux avantages. Analysons-les pour Minority Report :

Le Développement

TODO: Les deux parties/moitiés

Comme je l’ai expliqué, le développement est la partie la moins modélisable de la structure. Chaque histoire impose son propre développement, son propre rythme, son propre style.

Essayons néanmoins de définir ce qui fait partie des constantes structurelles qu’on retrouver souvent dans les histoires.

Le Dénouement

À titre de rappel, le dénouement s’étend sur le dernier quart-temps de l’histoire (donc la dernière demi-heure pour un film de deux heures). C’est l’acte où tout va se dénouer, d’où son nom.

Ce qu’il est impératif de trouver, c’est l’élément nouveau, simple et découlant naturellement de l’histoire, qui va marquer cet acte, le distinguer du développement et faire que le protagoniste va être inexorablement conduit vers le climax. On pourrait dire qu’avant ce dénouement, le protagoniste avait encore le choix de renoncer, pouvait encore faire machine arrière. Mais lorsque le pivot 2 survient, à la toute fin du développement, le protagoniste bascule dans le dénouement qui doit le diriger inéluctablement vers la conclusion de l’histoire.

Typiquement, l’élément nouveau dont on parle ici correspond dans les histoires très simples à l’entrée du héros dans l’antre du méchant. Ou le méchant qui entre dans l’antre du protagoniste. Cette “entrée dans l’antre du méchant” peut être réelle, concrète — comme dans les James Bond —, mais elle peut être également plus abstraite, voire totalement symbolique.

TODO: Donner des exemples d'entrée dans l'antre du méchant ENTREE_ANTRE_MECHANT

Confrontation finale

Il faut ensuite réfléchir à comment sera joué la confrontation finale entre les forces antagonistes. Comment s’incarnera cette confrontation ? Rappelez-vous que cette confrontation peut être très diverses, comme nous l’avons montré dans la section théorique consacrée au climax (Le climax (scène-clé)).

Quelques exemples qui peuvent servir de guide

TODO: Peut-être qu'il faut ici juste faire un renvoi vers l'annexe où sont décrits des PFA complets. OU ALORS  réduire ici à ce qui pourrait servir de base pour penser la structure. En tout cas, il ne faut pas que les deux parties soient redondantes

Voilà quelques exemples particulièrement réussis, parmi les films déjà abordés, qui pourraient vous servir de guide, tant au niveau de la précision que de l’évidence et la simplicité.

Note : L’indication de la clé de voûte permet de bien sentir comment s’articulent les deux moitiés de chaque film.

ROCKY
Exposition :
Développement, partie I
Développement, partie II
Dénouement
THELMA & LOUISE
Exposition : Thelma et Louise parte pour un week-end entre fille, à la montagne. Mais le meurtre d’un homme cherchant à violer la sensuelle Thelma va bousculer leur projet.
Développement, partie I : Louise a pris la décision de fuir avec Thelma au Mexique, pour échapper à la police et à la justice. Louise porte la culotte, Thelma se laisse conduire. Dans cette partie, la police découvre le crime des deux jeunes femmes.
Clé de voûte : Thelma fait l’amour — comme si c’était la première fois — avec J.D. J.D. leur dérobe toutes leurs économies.
Développement, partie II : Suite au vol de leurs économies, Louise s’effondre, Thelma prend les rennes, se révèle en tant que femme. Elles doivent devenir de véritables (gentilles) gangsters pour s’en sortir. La police se met à les rechercher activement. Mais elle a toujours un train de retard, n’a aucune idée de où les deux femmes se trouvent ni où elles vont.
Dénouement : les deux jeunes femmes sont localisées par la police qui sait où elles se rendent. Longue course poursuite en voiture qui va s’achever par le suicide des deux femmes, la seule issue qui leur semble possible.
DANCER IN THE DARK
Exposition : le quotidien de Selma Jezkova, dans l’Amérique profonde, entre son travail d’emboutisseuse, son fils Gene, ses amis, son amoureux Jeff, sa passion pour la comédie musicale et la cécité qui la gagne peu à peu et qu’elle s’efforce de cacher à tous.
Développement, partie I : Selma, sentant la cécité la gagner complètement, redouble d’efforts pour rassembler les économies suffisantes pour payer l’opération des yeux de son fils Gene, touché par la même maladie qu’elle.
Clé de voûte : le long et insupportable meurtre de Bill Houston par Selma pour récupérer les économies qu’il lui a dérobées.
Développement, partie II : suite au meurtre de Bill Houston, le procès de Selma et sa condamnation à la peine de mort.
Dénouement : Selma en prison, refuse toute aide pour ne pas être condamnée à mort, se sacrifie pour son fils Gene.
MINORITY REPORT
Exposition : mise en route des quatre intrigues séparées : 1/ Precrime sur la sellette du gouvernement (l’entreprise va-t-elle être fermée ?) 2/ Le meurtre que doit commettre John Anderton, 3/ Le fils de John enlevé et 4/ Le meurtre vu en boucle par Samantha
Développement, partie I : John Anderton doit fuir ses propres collègues qui veulent l’arrêter pour le meurtre qu’il doit commettre.
Clé de voûte : la créatrice des precogs, le Docteur Hineman, parle du rapport minoritaire (minority report) à John Anderton.
Développement, partie II : John Anderton tente de récupérer le rapport minoritaire en subtilisant le precog Samantha à Precrime.
Dénouement :
HER
Exposition :
Développement, partie I :
Développement, partie II :
Dénouement :
THE MAZE RUNNER
Exposition : Thomas se retrouve enfermé avec un groupe de jeunes gens dans un mystérieux labyrinthe.
Développement, partie I : Thomas devient “runner”, d’abord par bravade puis ensuite de façon officielle. Il parvient à tuer un “griffeur”
Clé de voûte : Thomas découvre la terrible vérité sur le labyrinthe : Les “runners” font croire qu’ils cherchent encore une sortie alors que le labyrinthe a été fouillé de fond en combles depuis plusieurs années. OU: Thomas devient officiellement un “runner”, un coureur.
Développement, partie II : Thomas parvient à convaincre certains “blockers”. La dissidence est de plus en plus forte au sein du groupe de jeunes gens. Mais le labyrinthe semble se “révolter” contre cette dissidence et des “griffeurs” viennent déssimer en pleine nuit les rangs des “blockers”.
Dénouement : explication partielle sur l’existence du labyrinthe. Mais les explications apportent plus de questions que de réponses. Les “dissidents”, conduits par Thomas, parviennent à s’échapper du labyrinthe.