La collection Narration

La focalisation

[Explication de la focalisation]

[Explication des différentes focalisations]

[Nota bene sur le cinéma : les focalisations s’appliquent tout aussi bien / film choral : f. omni, film à personnage : f. interne]

— extrait d’un mail à Charlotte—

Erreur commune de focalisation

Il ne faut pas croire que parce qu’on voit par les yeux d’un personnage on est en focalisation interne par rapport à lui. Ça ne signifie rien et ça reviendrait à dire que l’on est en focalisation interne par rapport au requin dans Jaws (Les Dents de la mer, Steven Spielberg, 1975) sous prétexte que certains plan sont vus par ses yeux.

Voir par les yeux du personnage n’est absolument
pas de la focalisation interne.

Ressent-on le plaisir qu’il se fait de manger les touristes ? Ressent-on ce plaisir ou ressent-on plutôt de la peur pour les pauvres touristes innocents ? Tout est là. Si l’on était en focalisation interne, on ressentirait ce que ressent le requin, on saurait ce qu’il pense — même si là on peut rétorquer qu’on le sait ; mais ces pensées sont trop simplistes pour parler de “savoir ce qu’il pense”. On pourrait dire plutôt que pour être en focalisation interne il faudrait pouvoir “penser comme”. Or, nous ne pensons pas comme le requin de Jaws.

En vérité, quand on est en focalisation interne sur un personnage, au cinéma ou à la BD plus qu’au roman, on ne voit même pas par ses, ou seulement de temps en temps — quand le réalisateur veut vraiment nous imposer de nous mettre à sa place. Ce qui est filmé, dessiné, ce qui nous est montré pour être en focalisation interne, c’est son visage, c’est son corps, ce sont ses expressions, toutes chose qui vont nous aider à savoir ce qu’il sent, ce qu’il ressent, ce qu’il pense.

Le problème est qu’on fait plein de raccourcis désastreux dans le langage. On dit par exemple que la focalisation interne est le fait de “voir au travers des yeux du personnage”. C’est vrai, mais c’est purement symbolique, on ne voit pas réellement à travers ses yeux. “Voir” ici doit se comprendre au sens de “ressentir”, “penser comme”.

En fait c’est simple : dès qu’on sais ce que le personnage sent, ressent et qu’on pense comme lui, on est en focalisation interne. Dès qu’on ne le sait pas, ou qu’on le sait par le biais d’un autre personnage, on est en focalisation externe — ou zéro.

Dans l’écriture, si l’auteur dit ce que ressent et pense le personnage, il est en focalisation interne ou omnisciente. S’il le fait pour tout les personnages, on est en focalisation omnisciente, s’il le fait pour un seul, on est en focalisation interne. Si l’on ne dit pas ce que pense, sentent et ressentent les personnages, s’ils sont décrits “objectivement”, c’est de la focalisation externe.