La collection Narration

Le personnage n'est pas ce qu'il dit

Une certaine conception du cinéma voudrait qu’il ne soit “pur” que si ce cinéma était sans dialogue, restait purement visuel… Personnellement, nous défendons plutôt l’idée que plus une histoire ressemble à la vie, et plus on y croit ; plus on y croit, plus elle est susceptible de nous émouvoir, de nous faire réfléchir, de nous remuer, de nous faire évoluer. Et cela est aussi vrai de ce que l’on pourrait appeler l’hyperréalisme d’un Rosetta (Jean-Pierre Dardenne, 1999), d’un Ressources humaines (Laurent Cantet, 1999), de l’anticipation d’un Star Wars (George Lucas, 1977), d’un Minority Report (Steven Spielberg, 2002) ou dans le fantastique d’un The Exorcist (L’Exorciste, William Friedkin, 1973) et d’un The Sixth Sense (Le Sixième sens, M. Night Shyamalan, 1999).

Or, si le récit se doit d’être au plus proche de la vie, force est de constater que dans la vie nous parlons, nous nous révélons par ce que nous disons, par ce que nous ne disons pas dans ce que nous disons. Tout ce que nous laissons échapper par la parole est un réseau riche d’inférences souvent créées à notre insu.

Le personnage n’est pas ce qu’il dit être

Cependant il faut bien comprendre que le personnage n’est jamais ce qu’il prétend être. Il faut comprendre que sa parole est mensongère. Comme dans la vie, nous mentons sur ce que nous sommes, nous nous inventons une image qui même au plus proche de la vérité n’en sera qu’un pâle reflet, forcément déformé.

Pourquoi le personnage, s’il doit ressembler à une personne plus vraie que nature, ne mentirait-il donc pas sur ce qu’il est ?

Quand bien même il dirait la vérité, qui le croirait ? Selon le principe du “syndrome de Saint-Thomas” qui touche les dialogues (cf. Le Dialogue), nous ne sommes jamais enclin à croire une personne lorsqu’elle parle d’elle-même ou lorsqu’elle raconte ce qu’elle a fait, d’autant plus lorsque cela est valorisant.

Conclusion

Aussi, si le personnage doit parler, parce que c’est une de ses fonctions les plus naturelles et élémentaires, l’auteur doit se garder de le faire se confier de façon trop directe. Ce sont les sous-textes, les inférences contenues dans son discours, qui doivent nous le révéler, jamais les caractéristiques dont lui-même s’affuble.