La collection Narration

Construction des intrigues

Les intrigues se construisent en deux temps distincts et peut-être successif : dans un premier temps, on construit l’intrigue elle-même, ce qui consiste à déterminer chaque temps ou chaque marche, de l’intrigue — qui correspond le plus souvent à des scènes. Et dans un second temps on “injecte” cette intrigue dans la structure générale qui comporte tous les éléments à commencer par les autres intrigues.

Développement propre de chaque intrigue

Il est bon, dans un premier temps, de :

Développer chaque intrigue en l’isolant de la structure générale.

Le plus pratique est de les travailler à l’aide des évènemenciers. Ce document, dont l’utilisation est détaillée dans l’ouvrage sur les documents de l’auteur (Les Documents d’écriture), consiste ici simplement à écrire chaque temps important de chaque intrigue. Noter que ces temps ne sont pas nécessairement des scènes. On peut très bien avoir plusieurs temps dans une même scène, et l’on peut même imaginer que plusieurs scènes concerne le même temps — même si cela doit rester rare car ça participe à l’impression de stagnation du récit.

Imbrication des intrigues

Bien entendu, isoler l’intrigue de la structure générale consiste juste à ne pas se préoccuper dans un premier temps de l’emplacement des temps de l’intrigue sur la durée de l’histoire. Mais il est impératif, au cours de ce travail, de tenir compte des autres intrigues. Lorsque deux intrigues sont fortement imbriquées — ce qui signifie que l’une a de fortes implications sur l’autre — on peut imaginer de les développer ensemble, par exemple en les plaçant en quinconce dans le document :

  - Evènement 1 de l’intrigue A
                       - Évènement 1 de l’intrigue B
  - Evènement 2 de l’intrigue A
  - Évènement 3 de l’intrigue A
                       - Évènement 2 de l’intrigue B
  - etc.

Document de travail

Pour organiser votre travail, vous pouvez par exemple créer un dossier “Intrigues” et créer un fichier par intrigue. Vous pouvez également créer un fichier pour l’intrigue principale, un fichier pour l’intrigue secondaire et un troisième fichier pour les autres intrigues.

Dans chaque fichier il suffit ensuite d’avoir deux styles différents, l’un permettant de faire ressortir les évènements et l’autre décrivant plus en détail ces évènements.

Voilà par exemple à quoi pourrait ressembler le fichier concernant l’intrigue “Sean” dans le film Minority Report (Steven Spielberg, 2002). Cette intrigue se concentre sur le fils de John Anderton et rassemble tous les temps qui concerne son intrigue, c’est-à-dire son enlèvement :

- John Anderton visionne une vidéo holographique de son fils
      À l’attitude de John, qui se drogue, et à sa solitude
      évidente, on comprend qu’il a perdu son fils Sean.
      Est-il mort ? Est-il resté avec son ex-femme ? On ne
      peut pas le savoir.
- L’enlèvement de Sean
      Alors qu’il est à la piscine en train de faire un
      concours d’apnée avec son fils Sean, John Anderton est
      distrait pendant quelques secondes par des filles qui
      passent près de lui. Lorsqu’il remonte à la surface,
      Sean a disparu.
- John Anderton retrouve le kidnappeur de son fils !
      John Anderton découvre que l’homme qu’il doit abattre,
      qu’il pensait ne pas connaitre, est l'homme qui a
      enlevé et tué son fils !
      La séquence révèlera que c’est une pure mise en
      scène et que l’homme n’est pas réellement le
      kidnappeur de Sean, qu'il a fait ça pour l'argent,
      pour sauver sa famille.
      Note : C’est la scène où John apprend que son fils
      est bel et bien mort.
- Sean a été enlevé pour convaincre John Anderton
  de rejoindre Precrime !
      C’est ici qu’on comprend que cette intrigue est
      liée à l’intrigue principale concernant Precrime.
      L’enlèvement n’était pas une intrigue isolée, il
      a été monté de toutes pièces pour pousser John
      Anderton à rejoindre Precrime !
- Amanda raconte ce qu’aurait été le futur de Sean à ses
  deux parents
      Temps émouvant où les deux parents peuvent imaginer
       ce que leur fils serait devenu s’il n’avait pas
       été enlevé et tué.
Exemple de développement séparé de l’intrigue

Note : Vous noterez comment, dans cette rédaction, on peut mettre en exergue les surprises à l’aide de points d’exclamation. Cela permet de s’assurer qu’une intrigue en possède bien au moins une, fusse-t-elle moins importante que celles de cet excellent film.