La collection Narration

Définir le début et la fin

Le premier travail va consister à définir le début et la fin de l’histoire.

Gardez en tête que toutes les erreurs, tous les errements, sont inévitables dans cette phase de conception de l’histoire. À tout moment vous pouvez revenir en arrière et reconsidérer les choix effectués s’ils ne correspondent pas au projet souhaité. Au cours de cette définition générale de la structure, nous n’allons serrer aucune vis.

Définir le début et la fin consiste notamment à définir l’incident déclencheur — et l’incident perturbateur s’il est nécessaire — ainsi que le climax.

Même si nous avons vu que certains films ne présentaient pas de climax, on peut légitimement penser que les auteurs, par bonne habitude, avaient envisagé ce climax, et que ce climax a été retiré plus tard, au cours du développement, peut-être seulement en toute dernière phase du développement, peut-être même sur le ban de montage.

Comme nous le voyons dans l’ouvrage consacré aux fondamentales (Les Concepts narratifs en action) ou dans celui sur la dynamique narrative (La Dynamique narrative), la question dramatique fondamentale (QDF) est posée par toute histoire bien racontée, qu’elle possède ou non un objectif principal.

Dans Babe (Chris Noonan, 1995), film sans objectif, la QDF est “Babe finira-t-il en jambon de Noël ?”. Dans Thelma & Louise (Ridley Scott, 1991) l’objectif est de rejoindre le Mexique — pour échapper à la justice —, la QDF qui est en découle est donc naturellement et tout simplement “Thelma et Louise parviendront-elles à rejoindre le Mexique ?”.

Dans la suite, nous ne prendrons en considération que la QDF, d’autant qu’elle est peut-être plus en accord avec notre fonctionnement de spectateur ou de lecteur. Si l’on va au bout d’une histoire, c’est certainement parce que nous nous demandons avec crainte si possible — sans nous le formuler forcément consciemment — “va-t-il ou va-t-elle réussir ?”.

Donc, première chose pour déterminer l’incident déclencheur et le climax : bien garder à l’esprit leur fonction structurelle. Le premier doit être susceptible de poser la QDF, le second doit permettre de donner une réponse définitive à cette QDF, la réponse dramatique fondamentale (RDF).

Pour estimer la pertinence de votre climax, vérifiez toujours que votre RDF soit bien une réponse à la QDF posée par l’incident déclencheur et qu’il ne réponde pas, comme cela arrive trop souvent dans les histoires d’apprentis-auteurs, à une question déformée voire radicalement différente.

Une erreur classique est de faire porter au climax une réponse dramatique qui ne répond pas à la QDF implantée au début de l’histoire.

Rappelez-vous aussi que la QDF ne se formule pas nécessairement à l’intérieur de la scène définie comme l’incident déclencheur et que de la même manière la RDF ne se formule pas nécessairement à l’intérieur de la scène qui joue le rôle de climax. Elles se définissent très souvent après. Néanmoins, ces deux scènes formelles de l’histoire doivent les scènes qui vont clairement générer cette QDF et cette RDF.

Deux exemples que nous avons déjà entrevus :

Dans Thelma & Louise, la QDF (“Les deux jeunes femmes vont-elles réussir à échapper à la justice en rejoignant le Mexique ?”) ne se pose ni dans l’incident pertubateur (le presque-viol de Thelma) ni dans l’incident déclencheur (le meurtre du violeur par Louise). Elle ne se pose réellement que lorsque Louise prend la décision de fuir au Mexique. Mais si cette QDF n’est pas implantée dans ces deux scènes formelles, cette QDF découle en revanche directement et sans ambiguïté de ce qui se passe au cours de l’incident déclencheur.

Dans Erin Brockovich (Erin Brockovich, seule contre tous, Steven Soderbergh, 2000), la QDF est “Erin va-t-elle remporter le procès contre la compagnie des Eaux ?”. Or, le Climax ne répondra pas directement à cette QDF, et pour cause, puisque le climax est éludé. Seulement, on sait, sans ambiguïté, qu’il aura lieu, et qu’il a eu lieu lorsqu’arrive la conclusion de l’histoire. La RDF (“Oui, Erin a remporté le procès”) ne sera donnée que dans une scène qui aurait suivi ce procès s’il avait été joué, cette scène émouvante où Erin emmène son fiancé George annoncer à une des plaignantes le montant des dédommagements inespérés qui ont été obtenus au cours du procès.

Notez, en passant, comment les auteurs parviennent à complexifier une scène presque banale : Erin aurait pu se rendre chez la plaignante et lui annoncer la victoire — on voit ça dans beaucoup d’histoires. Oui, ça aurait été émouvant, mais peut-être sans plus. Au lieu de ça, les auteurs ont eu l’idée d’introduire George dans cette scène. Et cela donne alors une autre dimension à la scène. Ça n’est plus seulement la victoire de la plaignante, ça n’est plus seulement une victoire professionnelle d’Erin, c’est également une victoire d’Erin en tant que femme, dans son entièreté.

De la même manière, une des erreurs classiques serait de poser un incident déclencheur qui ne pose une question que… pour l’auteur. Il faut une scène qui pose véritablement une QDF perceptible par le public, à l’intérieur même de la scène ou juste après. Une QDF suffisamment claire pour que ce public puisse s’intéresser à l’histoire. Souvenez-vous que cette question, c’est celle qui nous tient — consciemment ou inconsciemment — en haleine jusqu’à la fin du récit.

TODO: Dans cette partie, il faudrait aussi définir simplement ce qu'on doit atteindre au point de vue global. Par exemple, pour thelma et louise, c'est "deux jeunes femmes amies décident de partir entre femmes pour un week-end à la montagne. Pour thelma, ça sera la toute première fois qu'elle part seule, sans son mari, à qui elle n'a même pas annoncé ce week-end. Malheureusement, alors qu'elles s'arrêtent pour boire un pot, thelma manque de se faire violer et louise tuer le violeur. Après un moment d'hésitation, les deux jeunes femmes vont décider de fuir au Mexique pour échapper à la police et à la justice des hommes." TODO: Faire la même chose avec erin brokovitch TODO: Faire la même chose avec The Maze runner