La collection Narration

Vue d'ensemble du paradigme

Abordons le paradigme de Field augmenté (PFA) par un bref aperçu général, en le construisant élément par élément.

Ligne de temps

La ligne ci-dessous représente notre “ligne de temps” du film, depuis le début du récit — à l’extrême gauche — jusqu’à la fin du récit — à l’extrême droite.

Début du                      temps                    Fin du
récit                     ------------->                récit
|-----------------------------------------------------------|
La “ligne de temps”

Notez que dans l’analyse, pour les films, on retire souvent le temps du générique de début et/ou de fin s’il se déroule sur fond noir. On retire en tout cas le “pré-générique” qui présente les diffuseurs et/ou producteurs et dure entre 30 secondes et une minute.

Division en quarts-temps

Le paradigme de Field divise la durée du récit en quatre quarts-temps.

|--------------|--------------|--------------|--------------|
       1er             2e             3e             4e
  Quart-temps     Quart-temps    Quart-temps    Quart-temps
Les quatre quarts-temps

Ces quatre durées de temps sont rigoureusement égales dans le modèle absolu mais peuvent varier plus ou moins dans la réalité des films. Certains films, comme Thelma & Louise (Ridley Scott, 1991), Dancer in the Dark (Lars Von Trier, 2000) ou Mortelle Randonnée (Claude Miller, 1983), les respectent à la lettre — si l’on peut dire.

Les Trois actes de l’histoire

Ces quatre quarts-temps permettent de définir les trois actes de l’histoire qu’on pourrait se contenter d’appeler le début, le milieu et la fin : l’exposition, le développement et le dénouement.

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|              |                             |              |
|  EXPOSITION  |        DÉVELOPPEMENT        |  DÉNOUEMENT  |
|              |                             |              |
|--------------|--------------|--------------|--------------|
|     1er      |      2e      |      3e      |      4e      |
| Quart-temps  |  Quart-temps |  Quart-temps |  Quart-temps |
|              |              |              |              |
|-----------------------------------------------------------|
Les trois actes du récit

Les pivots

Les pivots (“plot point” pour Syd Field, en anglais) sont deux scènes, deux évènements d’articulation très importants qui permettent de passer d’un acte à un autre.

        PIVOT 1                       PIVOT 2
|             o->                           o->
|              |                             |              |
| EXPOSITION   |  D É V E L O P P E M E N T  |  DÉNOUEMENT  |
|--------------|--------------|--------------|--------------|
Les pivots 1 et 2

Les scènes-clés capitales

Chaque acte possède sa propre scène-clé qu’on pourrait appeler “scène-clé capitale” tant elle est importante au récit — bien qu’elles n’appartiennent pas au paradigme de Field original, mais à sa version augmentée. Nous donnons un bref aperçu de ces scènes ici mais nous reviendrons en détail sur chacune d’elles au moment d’aborder l’acte qui la possède.

    Incident                Clé de                 
    déclencheur             voûte                  Climax
    o                         o                        o
|              |                             |              |
| EXPOSITION   |        DÉVELOPPEMENT        |  DÉNOUEMENT  |
|--------------|--------------|--------------|--------------|
Les scènes-clés capitales

L’incident déclencheur, scène capitale de l’exposition, va permettre de définir l’objectif principal ou la question dramatique fondamentale (QDF), quelque chose comme “Le personnage va-t-il atteindre son objectif ?”.

La clé de voûte, scène capitale du développement, va permettre de donner une nouvelle direction au récit.

Le climax, scène capitale du dénouement, va permettre de donner la réponse dramatique fondamentale répondant à la QDF, quelque chose comme “OUI, le personnage a atteint son objectif.”.

Dernières scènes-clés

On peut ajouter pour parachever ce tableau deux scènes-clés qu’on trouve aussi régulièrement dans les histoires.

| Incident
| perturbateur                        Crise      ou ici
| o            |                          o  |   o          |
|              |                             |              |
| EXPOSITION   |        DÉVELOPPEMENT        |  DÉNOUEMENT  |
|--------------|--------------|--------------|--------------|
Les scènes-clés optionnelles

L’incident perturbateur, qui survient peu de temps avant l’incident déclencheur que nous avons vu ci-dessus, est l’évènement qui bouscule la vie des personnages, qui bouscule l’harmonie ou l’équilibre marquant le prélude de l’exposition.

La crise est le moment du récit où la réussite du protagoniste est la plus incertaine, où tout semble même perdu pour lui, où il va devoir renoncer à l’objet de sa quête ou s’avouer définitivement vaincu. Jusqu’à ce que survienne un évènement — la sortie de crise – qui va tout relancer.

Aperçu complet

Nous donnerons par la suite de nombreux exemples de chaque élément du paradigme mais, pour le moment, contentons-nous d’un aperçu de tous ces éléments présentés.

|       PIVOT 1                       PIVOT 2               |
|             o->            Clé de         o->             |
| o Incident perturbateur    voûte           |  o Crise     |
|   o Incident déclencheur    o              |     Climax o |
|              |                             |              |
|--------------|--------------|--------------|--------------|
| EXPOSITION   |        DÉVELOPPEMENT        |  DÉNOUEMENT  |
Le paradigme de Field augmenté au complet

On peut s’en souvenir de cette manière :

Souplesse du paradigme

La grande qualité du PFA est qu’il est suffisamment simple, et donc souple, pour que toutes les histoires, n’importe quelle histoire, puisse s’y épanouir harmonieusement.

L’essentiel est surtout de comprendre la fonction de chaque élément — chaque acte, chaque scène-clé — qui constitue ce paradigme. S’il existe de nombreuses histoires qui ne respectent pas à la lettre les durées proposées par ce PFA, rares sont celles qui n’en contiennent pas tous les éléments.

Apparente simplicité du paradigme

Si je parlais de la souplesse de ce paradigme que permet sa simplicité, il ne faut pas se leurrer : toute la difficulté d’une bonne structure, solide, captivante, est justement de parvenir à trouver les éléments simples, forts, cohérents, qui vont constituer cette structure. C’est un travail redoutable et exigeant par lequel passe tout auteur digne de ce nom, et on doit le pratiquer avec suffisamment de régularité et d’exigence pour y trouver enfin un réel plaisir.

Sur le bout des doigts

Ce paradigme est à connaitre sur le bout des doigts, c’est-à-dire à apprendre par cœur le plus tôt possible. Voyez-le et revoyez-le jusqu’à ce que vous l’ayez clairement assimilé. Vous vous éviterez ainsi de réinventer chaque fois la roue ou le fil à couper le beurre.

Pour soutenir cette connaissance de façon solide et vous permettre de la méditer, mémorisez aussi le PFA de quelques récits, choisis parmi les films, les romans ou les bandes-dessinées que vous appréciez ou qui servent ici d’illustration.