La collection Narration

Implication de la division dans le rythme

Le rythme est une affaire de proportion en relation arithmétique, de la même manière qu’en musique les durées des notes — indiquées par des rondes, blanches, noires, croches, etc. — sont toutes proportionnelles entre elles : la blanche est la division par deux de la ronde, la noire est la division par quatre de la ronde, le triolet de croches est la division par 3 de la noire, etc.

Aussi, en préambule de cette partie qui va traiter en détail de l’implication de la division dans le rythme, posons que :

Le rythme et l’harmonie des proportions d’une histoire s’appuient en partie sur la division arithmétique de sa durée.

C’est le terme arithmétique qui est important ci-dessus, c’est-à-dire une division par 1, par 2, par 3, par 4, etc.

Et posons que :

La plus grande rythmie et
la plus grande harmonie architecturale
seront obtenues si l’histoire est
divisible par 1, 2, 3 et 4

Il convient de noter immédiatement que cette division ne suffit pas à “donner du rythme” à l’histoire, mais qu’elle participe fortement à l’expansion de ce rythme.

Division par 1
Cette division par 1 — dont le résultat donne l’histoire elle-même — est la première des divisions. Elle pourrait paraitre étrange, mais elle implique en réalité le caractère intègre, continu, unique de l’histoire. Si la fin ne correspond pas au début, n’est pas une réponse à ce début, l’histoire en contient en réalité deux qui se suivent sans aucun lien, la division par 1 n’a pas été respectée, l’histoire ne sait pas ce qu’elle doit raconter.
Division par 2
L’histoire gagne à être divisée en deux parties de durée exacte séparées comme nous le verrons par une clé de voûte. Un film faisant en moyenne, suivant le pays et le genre, entre 1 heure 30 et 2 heures, cela permet d’obtenir l’attention maximale du spectateur — dont la concentration moyenne excède rarement l’heure, justement la durée d’un épisode de série. Puisque l’histoire doit être divisible par 1, elle présente un parcours unique, mais ce parcours unique est composé de deux pans qui peuvent être de nature très différente. La coupure médiane apporte une relance, ravive pleinement l’attention du public au moment où cette attention pourrait décliner.
On trouve parfois des divisions très fortes, à la limite de la rupture d’unicité — division par 1 — comme dans Melancholia (Lars Von Trier, 2011) où la première moitié est consacrée à un repas de mariage et la seconde moitié à l’attente d’une météorite s’écrasant sur la Terre ou encore Lost Highway (David Lynch, 1997) dont chaque moitié présente un protagoniste différent.
Division par 3
La découpe par 3 consiste à introduire deux scènes, l’une à un tiers de l’histoire et l’autre aux deux tiers qui, souvent, remettent le film sur les rails ou proposent un temps fort qui crée un accent rythmique (la première scène d’amour entre le héros et son OS, par exemple, dans Her (Spike Jonze, 2013)).
On trouve aussi cette découpe en trois actes dans des films d’une durée de trois heures comme dans Shichinin no samurai (Les Sept Samouraïs, Akira Kurosawa, 1954).
Division par 4
Dans cette division, le quart-temps est l’unité de mesure de l’acte, nous l’aborderons très précisément avec le Paradigme de Field Augmenté. Notons également que c’est la découpe traditionnelle des épisodes de séries télévisuelles.
Division par 5
Cf. division par 7.
Division par 6
Simple sous-division de la division par 3.
Division par 7
La division par 5 ou 7 se rencontrent parfois, mais elles sont trop exceptionnelles pour trouver leur place ici.
Division par 8, 9, etc.
Ces divisions correspondent simplement à des subdivisions des divisions principales par 3 et 4.

Deux exemples

Trouvez ci-dessous plusieurs exemples de divisions multiples.

Exemple de The Notebook (N’oublie jamais, Nick Cassavetes, 2004) :

Exemple de Seabiscuit (Pur sang, la légende de Seabiscuit, Gary Ross, 2003) :