La collection Narration

La crise (scène-clé)

Fonction structurelle de la Crise

La crise vise à offrir un moment de dépression narrative, le plus bas possible, juste avant que de faire monter le récit jusqu’au climax.

La crise est un temps du récit particulièrement efficace où la réussite de l’objectif principal semble définitivement compromis — le “définitivement” est particulièrement important ici.

On appelle “sortie de crise” l’évènement qui relance le récit en offrant une solution inattendue (à l’image de la cavalerie qui débarque).

Exemple

C’est le moment où le tracteur d’Alvin tombe en panne dans un coin paumé dans The Straight Story (Une Histoire vraie, David Lynch, 1999). Tout semble perdu pour lui, il n’arrivera pas chez son frère à temps, sauf que…

C’est le moment où tout semble perdu pour les personnages et où la cavalerie, heureusement, débarque (en mesurant que c’est un des rares moments d’un récit où une aide peut être apportée au protagoniste sans que cela soit profondément gênant — même s’il reste définitivement mieux que le personnage principal s’en sorte toujours tout seul, par ses propres moyens).

Erreurs fréquentes

L’erreur la plus fréquente, concernant la crise, est de la confondre avec un obstacle important, de la construire sur la base d’un obstacle important. C’est une erreur dans le sens où un obstacle, quel qu’il soit, quel que soit sa taille, possède toujours l’éventualité d’être surmonté ou déjoué. La crise, elle, doit garder un côté définitif. Tout doit sembler perdu à jamais, définitivement perdu.

Si l’on tient vraiment à appréhender la Crise comme un obstacle (ce qu’elle est, intrinsèquement), alors ce doit être un obstacle à jamais infranchissable. En tout cas au moment où on la perçoit, car il faudra bien en sortir pour atteindre le bout de l’histoire !

Où placer la crise ?

La crise est la scène-clé la plus mobile de toute la structure. Elle peut se trouver aussi bien à la fin du développement, souvent juste avant le pivot 2 qui en constituera la “sortie” qu’au début du dénouement.

La crise n’a pas de position fixe, pas même de zone de prédilection. Il faut juste s’assurer qu’elle arrive le plus tard possible au risque de trouver les obstacles qui la suivent bien pâlots…

Sa position idéale est donc entre l’avant-dernier obstacle et le dernier obstacle qui devrait se confondre avec le climax de l’histoire. Cette position se trouve le plus souvent en fin de développement ou en début de dénouement.

Nota Bene

Attention : cette crise dont je parle n’est pas à confondre avec celle que définit Robert McKee, et qu’il situe juste avant le climax.