La collection Narration

Du vouloir ou du devoir

Vouloir et devoir

L’objectif principal, lorsqu’il existe, peut procéder du VOULOIR ou du DEVOIR.

Une distinction forte

Une distinction forte doit être faite entre un objectif qui procède du VOULOIR — donc d’un désir du personnage — et un objectif procédant du DEVOIR — donc d’un besoin, d’une nécessité impérieuse ou même d’une injonction.

Cette distinction joue tout autant au niveau des motivations du personnage qu’au niveau de l’intérêt du public pour l’intrigue de ce personnage.

Pour ce qui est des motivations, nous étudierons cet aspect dans l’ouvrage concernant les personnages (cf. Les Personnages).

Pour ce qui est de l’intrigue, il faut comprendre qu’on s’intéressera toujours plus facilement à un personnage soumis au devoir qu’au vouloir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’on se reconnaitra plus volontiers en ce personnage confronté à des contraintes que nous connaissons tous dans nos vies, vies guidées plus généralement selon le principe des contraintes, des devoirs, que selon le principe des désirs, du vouloir : ça commence dès la sonnerie du réveille-matin, on DOIT se lever, on DOIT aller à l’école pour apprendre, on DOIT apprendre pour obtenir un métier, on DOIT trouver un métier stable et sûr pour subvenir aux besoins de son foyer, on DOIT travailler cinq jours sur sept, parfois six, on DOIT payer ses impôts pour permettre à sa nation d’exister, on DOIT lire un cours d’écriture narrative pour apprendre à mieux réussir son récit…

A contrario, et de manière générale, le public sera moins enclin à voir un personnage n’écouter que sa volonté, son désir, ce qui pourrait être ressenti comme un simple caprice.

S’efforcer toujours de transformer
un objectif procédant du VOULOIR
en objectif procédant du DEVOIR.

De l’égoïsme et de l’altruisme

L’objectif qui procède du devoir a également un caractère moins égoïste, il ne nait pas dans l’égo du personnage comme nait le désir. L’objectif qui procède du devoir nait de l’extérieur, il nait souvent des autres. Lorsque Bryan Mills doit retrouver sa fille dans Taken (Pierre Morel, 2008), bien sûr peut-on y voir une part d’égoïsme mais le personnage agit et se met en danger, surtout, pour sauver une autre vie que la sienne : celle de sa fille. Il en va de même pour les mères de Madeo (Mother, Joon-ho Bong, 2009), de Dancer in the Dark (Lars Von Trier, 2000) ou de The Horse Whisperer (L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, Robert Redford, 1998) qui agissent pour leur enfant, des personnages de Drive (Nicolas Winding Refn, 2011), Memento (Christopher Nolan, 2000) ou de Lucie Aubrac (Claude Berry, 1999) qui agissent pour celle ou celui qu’ils aiment, du personnage de Frequency (Fréquence interdite, Gregory Hoblit, 2000) qui agit pour sauver son père, du personnage de The Straight Story (Une Histoire vraie, David Lynch, 1999) qui agit pour le bonheur de son frère, etc.

L’objectif procédant du DEVOIR possède souvent un caractère plus généreux, altruiste, tandis que celui procédant du VOULOIR possède un caractère plus égoïste. Or, pour se lancer dans l’aventure d’un film, d’un roman, comme dans la vie, le public préfèrera souvent être accompagné du personnage généreux que de l’égoïste. Il préfèrera aussi souvent se reconnaitre dans ce personnage, aussi égoïste soit ce spectateur ou ce lecteur…

CHECKUP[Si votre objectif procède du VOULOIR, comment pourriez-vous faire pour qu’il procède du DEVOIR ? vouloirdevoir]

Du vouloir au devoir

Notons qu’il est tout à fait possible qu’un objectif découlant du VOULOIR du personnage se métamorphose au cours du récit en impératif, en DEVOIR. C’est le cas par exemple pour Mitch McDeere dans The Firm (La Firme, Sydney Pollack, 1993), dont l’objectif initial répond au VOULOIR (vouloir comprendre, vouloir découvrir la vérité qui entoure la mort des avocats de la firme pour laquelle il travaille) pour se transformer peu à peu en DEVOIR lorsque son investigation se retourne contre lui et qu’il doit sauver sa peau et celle de sa femme.

La notion de choix

Pour terminer, on peut également noter que le DEVOIR place immédiatement le personnage devant un choix qu’il ne peut pas remettre : celui de répondre ou non à ce devoir, alors qu’un objectif répondant au désir peut toujours être repoussé dans le temps (lorsque l’on ne fait que désirer quelque chose — changer de travail, partir en vacances, se couper les cheveux… —, on peut sans trop de dommages remettre ce désir à plus tard).

Et la notion de choix, comme nous le verrons plus tard, est capitale pour l’intérêt que peut susciter un récit.