La collection Narration

Pourquoi tous ces documents ?

Un nombre considérable de documents

On ne peut qu’être étonné devant la multiplicité des documents qui permettent d’élaborer un récit. Pitch, résumé, traitement, scénario, note d’intention, séquencier, chemin de fer et j’en passe…

Il serait donc bon, avant de vouloir les décrire, de s’interroger sur les raisons de cette multiplicité et de tenter de dégager en quoi elle est nécessaire à l’élaboration d’un récit cohérent et riche. Cette compréhension permettra non seulement de comprendre les spécificités de chacun mais encore de mieux savoir les utiliser et les concevoir.

Le principe du “bon à toutes les échelles”

D’un point de vue pragmatique, une des principales utilités des documents de l’auteur repose certainement sur ce que j’appelle le principe du “bon à toutes les échelles”. Ce principe veut que :

Pour être bonne, l’histoire doit
l’être à toutes ses échelles.

Avant d’expliciter ce qu’est une échelle en matière d’histoire, prenons l’analogie de la Terre, car la Terre peut à ce niveau être abordée comme le récit. Cette Terre, qu’elle soit contemplée depuis l’espace — alors qu’elle n’est pas plus grosse qu’une boule bleue de quelques centimètres —, qu’elle soit contemplée depuis la stratosphère ou depuis le ciel nuageux, qu’elle soit contemplée depuis le sommet d’une montagne, contemplée au pied d’une vallée ou le nez dans le sable, dans l’herbe, cette Terre est belle, complexe, riche. À toutes ces échelles, de la plus petite à la plus grande, la Terre possède une beauté. Elle possède même une beauté propre à chacune de ses échelles.

Tout récit devrait être comme cette Terre : qu’il soit abordé de loin — par un simple texte d’une ou deux lignes qui résume les deux heures de film ou les 400 pages du roman —, qu’il soit abordé de très près — par un manuscrit ou un traitement détaillé —, ou qu’il soit abordé par chacune de ses échelles intermédiaires, le récit devrait être beau, complexe, riche.

Les différents documents, en offrant l’approche de l’histoire à plusieurs échelles, permettent de s’assurer que ce principe est respecté.

Prendre du recul et voir dans le détail

Approcher l’histoire du
général au particulier.

Ces divers documents vont permettre également de s’approcher de l’histoire petit à petit selon le principe “du général au particulier” applicable à tout domaine. Grâce à eux, on pourra s’acheminer vers une vision de plus en plus détaillée du récit.

Prendre du recul lorsque
l’histoire devient trop dense.

A contrario, ils vont permettre de s’éloigner de cette histoire lorsqu’elle deviendra trop dense, trop riche en détails, afin de nous faire prendre le recul nécessaire pour l’envisager sous un jour différent et lui apporter les améliorations qui s’imposent, corriger ses problèmes parfois, la soigner.

“Prendre du recul” et “voir dans le détail” sont donc les deux maitres-mots d’une autre des utilités de ces documents.

Le gain de temps

Comme le dit Orson Welles au tout début du film The Magnificent Ambersons (La Splendeur des Amberson, Orson Welles, 1942), “depuis qu’on va vite, on n’a plus le temps de rien…” Au cinéma, il faudrait toujours pouvoir lire le scénario pour présenter le projet d’un film. Mais la réalité fait que les producteurs ont très peu de temps.

Les différentes échelles des documents pallient ce problème : dans un premier temps, la brièveté du pitch permet “d’accrocher” le producteur, de susciter son envie ou au moins son intérêt, ce pitch peut même être raconté oralement ; dans un deuxième temps, l’équilibre longueur/niveau de détail du synopsis permet de lui présenter un peu mieux le projet par écrit, en laissant une trace ; et enfin le scénario permet de lui en donner une vision très détaillée.

Notez que dans l’édition c’est la plupart du temps le manuscrit lui-même que lira le lecteur — plus rarement l’éditeur —, c’est-à-dire la matière première qui constituera l’ouvrage définitif. Mais il arrive que les éditeurs se prononcent sur la base d’un synopsis, un résumé de quelques pages. Les autres documents peuvent donc sembler moins importants. Nonobstant, un pitch bien senti dans une lettre d’introduction peut influencer positivement la lecture.