La collection Narration

Le Chemin de fer

Un chemin de fer — appelé aussi outliner ou step-outline — est un document dont l’échelle est la scène. Il présente l’intégralité des scènes dans l’ordre chronologique du récit. Le chemin de fer tient son nom au fait que les scènes, réduites à leur plus simple expression — une seule ligne dans l’idéal —, sont comme les traverses d’une voie ferrée qui serait le récit.

Ce document est particulièrement adapté au travail sur la mécanique générale du récit et le contrôle des alternances générales — JOUR/NUIT, INT./EXT. etc.

Aspect du document

Le chemin de fer peut avoir plusieurs aspects et vous pouvez même définir celui qui vous convient le mieux.

Nous illustrons ici un des plus usités : la version “pitch” qui ne contient que le pitch de la scène.


Résumé de la première scène.

Résumé de la deuxième scène.

etc.
Exemple schématique du chemin de fer de type “pitch”

Ci-dessous, voilà ce qui pourrait être le début du chemin de fer de Rocky (John G. Avildsen, 1976) : doc

-
Rocky gagne un match de boxe minable.
-
Rocky reçoit sa paie dans les vestiaires.
-
Rocky s’arrête pour saluer des chiots dans une vitrine.
-
Rocky boit un coup avec des jeunes qui tiennent les murs.
-
Rocky rentre chez lui.


Exemple de chemin de fer de type “pitch”

Autres aspects

Un chemin de fer peut faire apparaitre d’autres éléments, comme la durée de la scène, le décor exact, les personnages présents, etc. À vous d’estimer les informations dont vous avez besoin au stade de développement où vous vous trouvez.

Vous pouvez même imaginer d’utiliser des “marqueurs” qui vous permettent d’identifier facilement le contenu des scènes. Imaginons par exemple que vous numérotiez vos intrigues :


Intrigues


I#1 : Description de la première intrigue.

I#2 : Description de la deuxième intrigue.

I#3 : Description de la troisième intrigue.


Personnages


PAUL : Paul Emploua, protagoniste.

JEAN : Jean Sairien, antagoniste.

SUZE : Suzanne Émone, amoureuse.

Il vous suffit alors d’utiliser ces marqueurs pour identifier le contenu :


SC.1 - INT. NUIT - I#3 - PAUL, SUZE

Paul rencontre Suze.

SC.2 - EXT. JOUR - I#1, I#2 — PAUL, JEAN

Paul travaille avec Jean.

SC.3 - EXT. JOUR - I#1 - PAUL, SUZE

Paul a invité Suze au restaurant.

SC.4 - INT. NUIT - I#1, I#2, I#3, PAUL, JEAN, SUZE

Suze vient chercher Paul à son travail.


Exemple de Chemin de fer avec marqueurs

Un tel chemin de fer permet de mesurer beaucoup de choses, notamment les alternances des personnages et les alternances des intrigues. À vous de les développer en marquant par exemple vos objectifs, vos obstacles ou encore vos procédés narratifs.

Rédaction du chemin de fer

Dans ce document qui doit permettre d’obtenir une vision globale de l’histoire, de sa mécanique, l’important est de s’efforcer à la concision, à la synthèse, en s’attachant à faire ressortir ce qui constitue le cœur de la scène, son essence, c’est-à-dire ce pour quoi elle est indispensable au récit.

Une scène doit pouvoir se pitcher en 1 ligne et se résumer en 3 ou 4. Dans le cas contraire, il y a fort à penser que ladite scène est “malade”. Cette difficulté doit être le symptôme pour l’auteur qu’un des maux suivants — peut-être plusieurs — touche sa scène :

Note : Seules quelques scènes cruciales, parfois, peuvent nécessiter un résumé de 10 lignes pour être complètes. Mais une histoire bien construite ne devrait en compter pas plus de 3 ou 4.

Pour régler ces problèmes dans le détail, nous vous renvoyons à l’ouvrage de la collection La Structure.