La collection Narration

Quand utiliser les évènemenciers ?

Les évènemenciers gagnent à être utilisés tout au long de l’élaboration du récit. Comme nous l’avons dit, ils permettent d’avoir une approche séquentielle et non rédigée qui favorise le travail de création en permettant de se focaliser sur les seules idées.

Mais nous voudrions mettre l’accent ici sur les moments où ces évènemenciers se révèlent particulièrement utiles et pertinents.

Construction du récit

Les évènemenciers se révèlent particulièrement pratiques pour ébaucher la forme de son récit et la mettre peu à peu en place.

Grâce aux évènemenciers-actes on peut travailler et définir ses grandes parties.

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Présentation de Selma Jezkova. L’opération de Gene
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Selma travaille de plus en plus dur pour atteindre son objectif
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Selma doit tuer Bill Houston pour récupérer son argent
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Selma est jugée et condamnée à la peine de mort
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Selma est exécutée, mais Gene est sauvé
Exemple d’évènemencier-actes

Puis, en partant de ces premiers évènemenciers, on peut les étoffer et définir de plus en plus précisément la mécanique des intrigues principales qui vont structurer l’histoire.

On peut ensuite faire usage des brins pour construire convenablement toutes les intrigues et sous-intrigues.

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Selma triche pour réussir la visite médicale
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Au cinéma, Kathie raconte le film à Selma
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Selma renonce à prendre son vélo, elle ne voit plus rien
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Selma longe la voie ferrée en tâtant du pied le rail
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Selma ne voit pas qu’elle met deux plaques dans la machine


Exemple d’évènemencier-brin : Selma et la cécité

Analyse du récit

Les évènemenciers se révèlent aussi particulièrement efficaces pour analyser son histoire, lorsque les choses deviennent tellement confuses ou riches que l’on ne sait plus où l’on en est d’un thème, d’une intrigue, d’un personnage. Ils permettent de diviser les choses et de se focaliser sur des points très particuliers.

Il s’agit donc d’une autre application de l’évènemencier-brin, mais cette fois utilisé de façon partielle et lorsque le brin n’a pas été défini au cours de l’élaboration du récit.

Par exemple, dans Dancer in the Dark (Lars Von Trier, 2000), l’auteur peut vouloir se concentrer exclusivement sur toutes les scènes, tous les moments, qui concernent Selma Jezkova, Bill Houson et l’argent, pour vérifier que le thème est amené assez tôt et que l’intrigue passe bien par tous les temps logiques — ce que nous appelons les marches — qui peuvent conduire le policier à spolier sa locataire.

On s’assure ici grâce à l’évènemencier :

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Chez les Houston, Selma parle de l’argent de Bill, un héritage qu’il a reçu. Linda est fière.
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Bill vient raconter à Selma ses problèmes d’argent : il n’en a plus et pense que Linda va le quitter si elle l’apprend. Bill n’est plus un flic, c’est un homme brisé, au bord de la rupture.
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Bill demande à Selma de lui prêter de l’argent pour sa prochaine traite. Selma refuse, embarrassée (elle devine confusément que Bill ne pourra pas lui rembourser, en tout cas pas dans les temps). Bill se retrouve acculé, son dernier espoir s’évanouit.
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Bill profite de la cécité de Selma pour rester dans la caravane et voir où elle range son argent. Il est décidé à la voler.
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BILL VOLE L’ARGENT DE SELMA (HCN).
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Selma découvre qu’on lui a volé son argent. Elle pense immédiatement à Bill.
Scènes concernant Bill, Selma et l’argent au début du film

Noter, ci-dessus, l’utilisation de “HCN” qui signifie Hors-Champ Narratif. Cette marque signifie qu’on ne voit pas la scène dans le film. Elle se passe en “off” comme on le dit dans le langage courant (on pourra d’ailleurs préférer utiliser “OFF” à “HCN”).

Ce type d’évènemencier est particulièrement utile aussi pour ça, pour ajouter les éléments qui ne sont pas montrés à l’écran mais jouent un rôle capital dans les intrigues.

On peut aussi, par ce biais, juger de la pertinence de montrer ou de ne pas montrer l’évènement (dans le film ci-dessus, ce choix s’impose de lui-même pour pouvoir rester exclusivement sur le point de vue de la protagoniste).

Évaluation des échelles du récit

Les évènemenciers offrent un support idéal pour vérifier que l’histoire est bonne à toutes les échelles (selon le principe exposé dans la section Pourquoi tous ces documents ?). L’auteur peut avoir sous les yeux, sous une même forme très simple, les différentes échelles de son histoire et ainsi estimer plus facilement sa valeur en tant que pitch aussi bien qu’en tant que scénario/manuscrit et toutes les échelles intermédiaires.

Avant la rédaction d’un document

Lorsque l’on a pris l’habitude de les utiliser, les évènemenciers deviennent incontournables pour rédiger les différents documents “littéraires” du projet. Par exemple, avant de se lancer dans l’écriture d’un synopsis, on peut construire ce synopsis à l’aide d’un évènemencier1, sans se soucier de littérature, juste pour le mettre en forme de façon organique — nous vous renvoyons au chapitre Synopsis : élaboration du plan et aux vidéos sur l’écriture organique pour le détail.

1  La partie de l'ouvrage consacrée au synopsis montre en quoi la structure du synopsis gagne à s'écarter de celle de l'histoire elle-même et peut donc nécessiter son propre évènemencier.

On peut se concentrer, grâce à cet évènemencier, sur le squelette du texte, avant de lui donner la chair qui le rendra tout à fait présentable, c’est-à-dire lisible et passionnant.