La collection Narration

Brainstorming sur sa culture

Un des premiers brainstormings auquel on peut se livrer consiste à faire appel à sa culture générale et aux associations d’idées. Au cours de ce brainstorming, on jette sur le document tous les mots auxquels l’histoire, les thèmes, le genre, l’époque, les personnages, peuvent faire penser.

Ce brainstorming permet d’ouvrir les premières portes vers des développements possibles, vers des idées de personnages, de scènes, de situations, de décors, d’arrière-plans narratifs, etc. Il permet de dégager un premier vocabulaire qui permettra de réfléchir l’histoire. Il offre des directions de recherche à mener.

Il permet tout autant de rebondir que de pouvoir s’écarter du sujet. En posant noir sur blanc les clichés du genre sur le papier, ce brainstorming permet à l’auteur de choisir de les adopter ou de les refuser à sa guise.

En résumé, ces brainstormings plongent l’auteur dans le bain de son sujet, lui donnent l’occasion de s’en imprégner, de l’aborder sous tous ses aspects et selon des angles divers pour lui permettre de le murir en lui.

Le brainstorming sur sa culture
permet de murir le sujet.

Note : comme pour le brainstorming sur les thèmes, ce brainstorming peut s’accompagner de recherches, de documentation, pour que le résultat soit affiné, approfondi, en bref, pour qu’il puisse servir l’écriture et le développement du projet.

Application au genre du récit

On peut essayer de trouver dans un premier temps tous les éléments relatifs au genre de l’histoire.

Si vous vous apprêtez par exemple à écrire un film policier, une enquête sur un crime, vous pouvez penser à ces termes1 : flic, flic véreux, détective privé, malfrat, malfrat sans scrupule, bras droit, homme de main, prostituée, blonde au grand cœur, armes à feu, mitraillette, revolver, flingue, poursuites de voitures, alcool, drogue, argent, enquête, crime, délits, corruption, garde à vue, sexe, trahison, vengeance, soudoyer, honneur, codes, omerta, pouvoir, prohibition, la nuit, bars, boites à striptease, hôtels de passe, impasses, prison, hangars (désaffectés), caves, commissariat, boites de nuit, ville.

En amorçant une “romance amoureuse”, on peut penser1 : confident, amoureux, rival, objet du désir, sentiments, grands sentiments, passion, élan affectif, attente, impatience, trouble, gêne, croyance, restaurant, hôtel, plage, cheminée, cabane dans les bois, lac, mer, piscine, nature, clair de lune, crépuscule, aurore, jour, bougie, chandelles, cadeau, bague, alliance, violons, histoires d’enfance, souvenirs, voyage, vacances, mariage, pleurs, baiser, déclaration, amour impossible, scène de ménage, rivalité, jalousie, amour impossible, quiproquo, mensonge, tromperie, duperie…

1  Ici, nous avons rassemblé les termes par type, mais ils sont venus de façon plus anarchique sous les doigts.

Tous ces termes peuvent inspirer, donner vie à des situations, des scènes, des personnages.

On peut également s’amuser à les inverser pour produire une approche nouvelle, comme l’a fait par exemple Alfred Hitchcock dans North by Northwest (La Mort aux trousses, Alfred Hitchcock, 1959) : il a inversé les termes “rendez-vous, nuit, impasse malfamée” en “rendez-vous, jour, champ à perte de vue” pour créer une des scènes les plus mythiques du cinéma.

Application à un décor

On peut appliquer ce type de brainstorming à un lieu qui serait un des décors principaux du récit. Pensons à “église” par exemple : bénitier, grenouille, colonnes, bancs, autel, nef, vitraux, retable, presbytère, portail historié, fresque, porche, voûte, clé de voûte, confessionnal, narthex, chaire, cathèdre, vaisseau central, statues, croix, clocher, murmures qui résonnent, grandes orgues, carillon, cloches, cordes, Jésus-Christ, la vierge Marie, Saints, Apôtres, cierge, livre de psaumes, bible, sacramentaire, hostie, coupe sainte, goupillon, prière, culte, messe, baptême, carême, mariage, enterrement, concert, confession.

Après avoir établi cette liste, on peut s’appliquer à exploiter au mieux le lieu choisi en employant dans l’histoire le maximum des attributs définis ici.

Application à l’époque du récit

On peut consacrer ce type de brainstorming au temps et à l’époque de l’histoire. En pensant “Louis XIV” par exemple, on peut noter : régence, monarchie centralisée et absolue, cour, Château de Versailles, courtisans, luxe, fard, perruques, symétrie, ornementation, robes, bijoux, Mazarin, Colbert, Vauban, Molière, Lully, Cabale des dévots, Fronde, inceste, eugénisme, Dragonnades, impôts, disette, émeutes de la faim, jansénisme, protestantisme, etc.

Chacun de ces termes peut faire l’objet de documentation ultérieure plus approfondie. Ici, le brainstorming permet en quelque sorte d’ouvrir quelques portes qui devront être franchies pour connaitre au mieux l’époque qui fera l’arrière-plan — ou peut-être même le premier plan — de l’histoire.

Application à un personnage, un métier

On peut également appliquer ces brainstormings à un métier, par exemple.

En pensant “musicien”, on pourrait noter : musique, instrument, gammes, arpèges, prix, audition, concert, répétition, fans, balance, mixage, session, jam, chef d’orchestre, musicien, interprète, orchestre (quatuor, septuor, etc.), groupe, roadie, groupie, manager, tourneur, leader, accompagnateur, répétiteur, arrangeur, orchestrateur, solfège, harmonie, contrepoint, composition, interprétation, transcription, improvisation, etc.

En développant une liste telle que celle qui est seulement amorcée ici, on peut par exemple se fixer la contrainte que chaque terme soit utilisé au moins une fois dans le roman, si c’est un roman que l’on écrit, afin de s’approcher de l’effet de complétude que doit provoquer le traitement d’un thème ou d’une thématique (ici la musique, par le métier choisi pour le personnage).

Conclusion

L’auteur gagnera beaucoup à utiliser ces brainstormings et les recherches qui doivent les poursuivent. Ce sont de bons stimulateurs de l’imaginaire, de l’inspiration, et ils permettent de développer sa culture personnelle et de travailler sa mémoire. Ils offrent à l’auteur l’opportunité d’acquérir une connaissance intime de son sujet en parallèle du développement.