La collection Narration

Le personnage, focal d'émotion

Le personnage, ingrédient primordial

La dramaturgie, imitation et représentation d’une action humaine d’après Aristote, ne peut se passer, de par sa définition même, de celui qu’elle doit représenter ou imiter : l’être humain. Le personnage est un des ingrédients primordiaux d’une histoire et de sa réussite — je ne parle pas du nombre d’entrées en salle, même si les deux choses sont intimement liées, mais de la qualité de l’histoire, de ce qui va nous remuer en elle.

Faisons immédiatement une réserve quant à “humaine”, puisqu’il arrive que le héros d’une histoire ne soit pas humain. Il peut être animal comme dans Microcosmos, le peuple de l’herbe (Claude Nuridsany, 1996) ou Babe (Chris Noonan, 1995), il peut être extraterrestre comme dans E.T. the Extra-Terrestrial (E.T. L’Extra-terrestre, Steven Spielberg, 1982), il peut être robot comme dans AI, Artificial Intelligence (Steven Spielberg, 2001) ou dans Blade Runner (Riddley Scott, 1982), il peut même être pneu comme dans Rubber (Quentin Dupieux, 2010).

Mais dans tous ces cas, on pourra noter que le personnage non humain est affublé de toutes les caractéristiques de l’être humain, l’approche reste définitivement anthropomorphique. L’enveloppe du personnage n’est pas humaine mais ses caractéristiques, ses actions, ses émotions, ses préoccupations et ses divers comportements le sont en de nombreux points.

Le personnage, focal d’émotion

Comme nous le verrons plus en détail par la suite, au-delà du caractère d’imitation de la dramaturgie, ce personnage dont le récit raconte un pan de la vie est le focal émotionnel par lequel le spectateur/lecteur peut percevoir l’histoire — percevoir au sens de voir, entendre et sentir. Le personnage est l’élément narratif primordial par lequel le spectateur/lecteur va pouvoir vivre l’histoire par procuration.

Et ce qui est vrai du personnage fondamental — le protagoniste — l’est aussi plus ponctuellement de tout personnage de l’histoire, aussi secondaire soit-il.

Le personnage, en d’autres termes, va permettre au spectateur/lecteur de vivre des émotions qu’il ne s’autorise peut-être pas à éprouver dans la “vraie vie”, ou que cette “vraie vie” ne lui permet pas d’éprouver ou de connaitre. On parle de catharsis. À ce titre, le personnage est une interface entre le public et l’histoire. Cette trilogie personnage–public–histoire est déterminante, et le public en est le centre, un centre qui ne doit jamais être ignoré ou méprisé par l’auteur.