La collection Narration

Le message du récit

On n’écrit pas toujours une histoire pour passer un message. Mais paradoxalement, c’est justement lorsque l’auteur n’a pas l’ambition ou l’intention de passer un message qu’il ne fait à son insu. Qu’on le veuille ou non, l’histoire passe toujours un message. Autant le connaitre. Et autant dire quelque chose que l’on maitrise plutôt que quelque chose qui nous échappe.

TODO: Peut-être diviser en deux fiches : la première parlerait des films à message (mais qui ne le revendiquent pas (ou : trois types de films (en disant qu'on va circonscrire les exemples au seul problème de la justice).

 :

La seconde s’attarderait sur les films sans message, mais qui en délivrent pourtant un (utiliser le départ de cette fiche).

Exemples de films à messages

Concernant la justice

Prendre l’exemple du film Madagascar : quel est le sens du film ?

Le film traite de la cruauté de la nature— de notre nature — et l’interroge : peut-on perdre sa cruauté ? Est-on capable de la dominer ? Alex le lion est le personnage qui porte cette question. Alex peut céder à la tentation de dévorer son ami Marty le zèbre (réponse : on ne peut rien contre notre cruauté naturelle) ou non (réponse : on peut dominer sa nature). Le film, en montrant Alex résister et épargner son ami, répond à cette question par “ oui, on peut dominer sa nature ”. C’est le message. Tout est bien qui finit bien, on est très heureux de cette morale.

(parler de la scène où, sur la chanson “ It’s a wonderful world ” chanté par Louis Armstrong, on parcourt l’île en voyant les animaux se manger entre eux, on voit le personnage sauver un caneton perdu, le remettre dans rivière et se faire dévorer par un crocodile).

Le problème, c’est que pour y répondre, pour qu’Alex ne mange pas tous les “ steaks ” qui l’entourent et que sa cruauté retrouvée lui fait voir, il doit apprendre à manger autre chose. Un des pingouins lui fait découvrir la saveur des sushis. Alex trouve ça meilleur que le steak.

Le problème, le voilà : les sushis sont préparés à base de poissons. Les poissons ne seraient-il pas des êtres vivants ? au même titre que les plantes ? (c’est d’autant plus cruel, si l’on y réfléchit, que les sushis sont parfois préparés en faisant frire les poissons vivants…). Le message passe à peu près bien— si l’on n’est pas vigilant… — parce qu’il n’y a pas de poisson comme personnage dans le film.

Mais c’est justement là qu’est tout le problème : car le message, échappant aux auteurs, devient : pour ne plus céder à la cruauté, nous devons être cruels envers ceux que nous ne connaissons pas… Ou : Pour que notre cruauté naturelle soit admissible, elle doit s’appliquer à ce que nous ne connaissons pas. Message ambigu s’il en est ! surtout si l’on pense au rôle des États-unis d’Amérique dans le monde… Je vais trop loin ? Peut-être.

Prendre aussi l’exemple de Michel Vaillant : le fait qu’il triche à la fin pour vaincre passe un message pernicieux.

Conclure sur le pire de tout : le message douteux qu’on essaie de maquiller (exemple de “ The punisher ” qui prône, par un jeu sémantique qui n’abuse que les imbéciles (“Je ne me venge pas, je punis”), la justice personnelle et la vengeance brutale. À noter que le sadisme dont fait preuve le personnage pour se venger en ajoute une autre couche.